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Cours de martinisme par correspondance

Louis-Claude de Saint-Martin Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Serge Caillet   
24-05-2005
Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803)

Bas-relief réalisé en 1998 par Philippe Chaize, sculpteur à Gardanne, d'après le portrait de Charles Vernier. Coll. particulière Claude Calmels-Beaulieux
Louis-Claude de Saint-Martin
Louis-Claude de Saint-Martin, dit « le Philosophe inconnu »,
découvrit les mystères maçonniques et théurgiques de l'Ordre des élus coëns chez ses camarades du régiment de Foix-Infanterie, alors stationné à Bordeaux, en 1765. Son carnet de notes, en 1768, le montre déjà très avancé et très persuadé. En 1769, Martines l'accueille auprès de lui, et en 1771 il quitte l'état militaire pour se consacrer pleinement à la quête initiatique, et à l'oeuvre de Martines dont il devient secrétaire. Ainsi l'aide-t-il à la mise en forme du fameux Traité sur la réintégration, et est-il ordonné réau-croix, le 17 avril 1772, quelques jours avant que son maître ne quitte la France. En 1774 et 1775, Saint-Martin enseigne ses frères de Lyon
[1], et en 1776 il se rend auprès de ceux de Toulouse, où une famille lui est chère, pour continuer d'instruire. Chez les élus coëns, Louis-Claude de Saint-Martin a longtemps suivi à la lettre la voie de la théurgie cérémonielle. Il en a, comme ses frères, goûté les effets.

Puis l'attrait de l'interne conduisit peu à peu Saint-Martin à se séparer d'un ordre socialement en décomposition. On a dit, on a écrit que Saint-Martin avait cherché, et était parvenu à détruire l'Ordre des élus coëns, au profit de son propre enseignement. On a souvent cherché aussi à opposer Saint-Martin et Martines. Or, jusqu'à son dernier jour, le Philosophe inconnu conserva, et consulta n'en doutons pas, l'ensemble des documents coëns copiés de sa main, y compris l'inestimable Traité. Il continua de tenir Martines pour son premier maître et à se dire coën et initié.

Saint-Martin a intériorisé la théurgie cérémonielle en optant pour la voie interne - que Papus qualifie de cardiaque - tout aussi méthodique, mais selon lui moins dangereuse. Mais son rejet de la voie externe n'oppose pas Saint-Martin à Martines, car cette voie-là, Martines lui-même ne la méconnaissait pas, mais il la jugeait trop étroite, et pour ainsi dire fermée, alors que Saint-Martin jugea, lui, qu'il pouvait s'y engager avec succès. Estimant qu'il devait bien se contenter de ce qu'il avait, Martines enseignait la théurgie externe, cérémonielle. Saint-Martin sublima cette théurgie en une pratique intra-cardiaque. Mais le Philosophe inconnu n'est pas un mystique au sens strict. Saint-Martin est un illuministe et un gnostique. Sa théosophie joint la connaissance à l'amour.

En 1788, le Philosophe inconnu découvrit l’œuvre de Jacob Boehme (1575-1624), dont il traduisit plusieurs ouvrages, et approfondit la sophiologie, doctrine de la Sagesse divine, déjà présente chez Saint-Martin, et que Martines, estime-t-il, n'avait pas lui-même ignorée. Dès lors, le Philosophe inconnu s'efforcera de célébrer le mariage de Boehme, son second maître, avec Martines, qui resta le premier.

Martines et Saint-Martin sont des théurges judéo-chrétiens, mais Saint-Martin est plus chrétien que Martines, et Martines plus juif que Saint-Martin. Dans la théurgie martinésienne, les anges ont une importance sans seconde, qui sont eux-mêmes les serviteurs d’Hély, la Sagesse divine. Dans la théurgie saint-martinienne, l'Ange du grand conseil, le Christ, devient le seul médiateur indispensable. Le désir du Verbe-Sagesse, dont nous sommes tous veufs, aimante Sophia, qui vient lorsque la pureté, ou la virginité requise est retrouvée. Après l'annonciation du saint ange gardien, et les épousailles avec la Sagesse, naîtra le nouvel homme : un autre Christ en nous. L'Ecriture, et le saint Evangile en particulier, symbolisent et tracent les étapes de cette régénération spirituelle de l'homme.

L’œuvre écrite de Saint-Martin encourage l'homme de désir à engendrer en lui le nouvel homme. Le Philosophe inconnu nous offre cette œuvre en toute charité, mais nous engage aussi dans la méfiance des livres, qui ne sont et ne seront jamais qu’accessoires. Le livre véritable, c'est l'homme. Il faut, dit Saint-Martin, expliquer les choses par l'homme, et non l'homme par les choses. Méfiance donc à l'égard des livres. Mais gare à vouloir brûler les étapes! et avec les étapes les livres... Ce serait partir à l'aventure dans un monde où l'homme n'est que trop enclin à s'égarer. Avant de pouvoir se passer des livres, encore faut-il les comprendre.

Louis-Claude de Saint-Martin n'a pas transmis d'initiation rituelle qui lui soit propre, il n'a fondé aucune société, ni aucun ordre d'aucune sorte. Pour le Philosophe inconnu, l'initiation rituelle, quelle qu'elle soit, est toujours auxiliaire, jamais indispensable, parce que l'initiation véritable s'accomplit dans le cœur du nouvel homme, organe de l'amour et de la connaissance supérieures.

En 1882, un jeune étudiant en médecine, le futur Dr Gérard Encausse (1865-1916), qui n'allait pas tarder à être plus connu sous le hiéronyme Papus, recueillit, dit-il, le dépôt martiniste qu'il transmit à son tour, à partir de 1884, sous la forme d'une initiation rituelle très simple, en trois étapes (associé, initié, supérieur inconnu). Sous cette forme, cette filiation rituelle, dite « martiniste », ou « de Saint-Martin », remonte seulement à Papus.

Saint-Martin n'a pas non plus fondé l'Ordre martiniste, véritablement constitué par Papus, en 1887-1891, sous la forme d'une société initiatique. Mais la filiation rituelle qui remonte à Papus n'est pas pour autant à négliger, pas plus que l'Ordre martiniste que Papus a placé sous le patronage du Philosophe inconnu.



[1] Cf. Robert Amadou (avec la collaboration de Catherine Amadou), 1ère éd. complète publiée d’après les manuscrits originaux, Paris, Dervy, 1999.

Dernière mise à jour : ( 12-07-2005 )
 
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