Institut Eléazar

Cours de martinisme par correspondance

Jean Bricaud Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Serge Caillet   
13-07-2005

Jean BricaudBRICAUD Jean-Baptiste, dit Joanny (Jean II) – Occultiste chrétien, grand maître de l’Ordre martiniste (Neuville-sur-Ain [Ain], 11 février 1881 – Lyon, 21 novembre 1934).

D’une modeste famille paysanne qui le destine à la prêtrise, il entre au petit séminaire de Meximieux (Ain), mais après la découverte de livres d’occultisme, à 16 ans, il refuse de poursuivre ses études au grand séminaire. Il se fixe alors à Lyon et entre au Crédit lyonnais (1897) où il suit une carrière sans enthousiasme. Il ne quitte Lyon que le temps de son service militaire, à Modane, et de sa mobilisation pendant la Grande guerre. Il épouse (7 octobre 1905) Marie-Anne Neysson (1884-1958), dont il divorce (1911), pour épouser (2 décembre 1929) Eugénie-Antoinette Allemand (1884-1958), qui le secondera désormais dans toutes ses entreprises.

C’est à Lyon qu’il fait ses premières rencontres d’occultistes : Gervais-Annet Bouchet (1863-1927), alias Elie Alta, ou Elie Steel, qui l’introduit auprès du Dr Emmanuel Lalande (1868-1926), intime de Gérard Encausse Papus, qui le présente à son tour à son beau-père, Nizier Anthelme Philippe (1849-1905) thaumaturge et homme de Dieu, qui dirige à Lyon l’Ecole pratique de magnétisme où il s’inscrit (6 décembre 1897). Sa brochure Le Maître Philippe (1927) lui rend hommage, mais son enseignement ne l’a guère marqué. S'ensuivent d'autres fréquentations lyonnaises : le philosophe Pierre-Camille Revel (1853-1932), le magnétiseur spirite Alphonse Bouvier (1851-1931), et Jacques Charrot (1831-1911), élève d'Eliphas Lévi, qui devient son maître de kabbale et de magie.

Il rencontre alors Gérard Encausse - Papus, et s'affilie sans doute peu après à l'Ordre martiniste où il reçoit l’initiation de « supérieur inconnu » (10 février 1903), d’un certain capitaine Lachat. Il commence à publier quelques brochures : Dutoit-Membrini (1901) ; Les premiers éléments d'occultisme (1904) ; Eléments d'astrologie pour faire un horoscope (1906).

En quête d’une église, il entre de même en relation (janvier 1901) avec le patriarche gnostique Emmanuel Fabre des Essarts (1848-1917), successeur depuis 1895 de Valentin II, ou Jules Doinel (1842-1902), fondateur de l'Eglise gnostique première du nom, à laquelle il adhère et où il reçoit l'investiture épiscopale pour le diocèse de Lyon-Grenoble (3 mars 1901). Il y œuvre aux côtés d'un autre compagnon de sentier, Louis-Sophrone Fugairon, docteur en médecine, évêque gnostique lui aussi, et collabore à la revue La voie, dirigée par Albert de Pouvourville.

Dans l’intervalle il publie La petite Eglise anticoncordataire. Son histoire. Son état actuel (1906) ; rencontre Marius Breton ( ?-1908) et Edouard Souleillon (1825-1918), derniers survivants des pontifes du Carmel d’Eugène Vintras (1807-1875) dont il hérite du pontificat, et entre aussi en contact avec B. Clément ( ? –1911) de l’Eglise johannite. Au concile de Lyon (1907), qu’il organise avec Fugairon, il se sépare de l’Eglise gnostique de Fabre des Essarts et fonde l’Eglise catholique gnostique (qui devient l’année suivante l’Eglise gnostique universelle) qui absorbe les chapelles johannite et carméléenne, dont il est élu patriarche (1907). Il en publie le Catéchisme gnostique à l’usage des fidèles (1908), collabore avec Fugairon à une Exposition de la religion chrétienne moderne (1909), et lance la revue Le Réveil gnostique (1907-1914). Mais conscient des difficultés posées par la validité des filiations marginales qu’il a recueillies, il prend contact (1912) avec Louis-François Giraud (1876-1950), qui l’ordonne prêtre (25 juillet 1912) et le consacre évêque (21 juillet 1913), avec la charge de co-adjucteur dans l’Eglise orthodoxe latine (qui deviendra l’Eglise gallicane). Il noue par ailleurs des relations avec l’Eglise arménienne, et s’insurge pour L'Arménie qui agonise (1915).
Dès 1908, des liens sont tissés entre l’Ordre martiniste de Papus et l’Eglise gnostique universelle, qui aboutissent à la signature d’un traité d’amitié entre les deux organisations (1911) et lui permettent d’implanter l’Ordre martiniste à Lyon (1914).

Initié dans la franc-maçonnerie, dans une loge lyonnaise du Droit Humain (1907), il y reçoit le grade de maître et le grade de rose-croix. Mais il quitte le Droit Humain (1919), après être entré à la Grande Loge de France (1918). Il figure aussi parmi les fondateurs de la loge La France (octobre 1917) de la Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France, qui pratique le rite écossais rectifié.

Parallèlement, il est admis au rite de Memphis-Misraïm. Après la mort de Papus (1916), il collabore avec Charles Détré au développement de l’Ordre martiniste et des rites maçonniques marginaux. A la mort de Détré (septembre 1918), il lui succède à son tour à la grande maîtrise de l’Ordre martiniste (dont Victor Blanchard lui conteste la validité) qu’il réorganise en l’associant étroitement au rite de Memphis-Misraïm et à l’Eglise gnostique universelle, accessoirement à un Ordre de la Rose-Croix kabbalistique et gnostique qui revendique la filiation de l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.

Après avoir reçu (31 août 1919) une patente du Suprême Conseil des rites confédérés de Matthew McBlain Thomson (1854-1932) et une autre (10 septembre 1919) de Theodor Reuss (1855-1923) pour constituer un Souverain Sanctuaire du rite de Memphis-Misraïm pour la France, il développe conjointement l’Ordre martiniste, Memphis-Misraïm et l’Eglise gnostique universelle, tant en France que dans de nombreux pays étrangers où il désigne des délégués.

Sous le nom de Société occultiste internationale, il réveille également le Groupe indépendant d’études ésotériques de Papus, dont il désigne des correspondants dans de nombreux pays.
Il prétend par ailleurs détenir une succession directe de l’Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l’univers, par l’intermédiaire des frères Bergeron, Bréban-Salomon, Edouard Blitz, et Carl Michelsen. Mais cette filiation repose vraisemblablement sur une confusion entre grande profession et succession coën, et Robert Ambelain a montré jadis qu’elle était erronée (cf. Robert Ambelain, Le martinisme contemporain et ses véritables origines, Paris, Les Cahiers de Destin, 1948).

L’œuvre littéraire de Jean Bricaud témoigne de ses préoccupations occultistes, initiatiques et religieuses : J.K. Huysmans et le satanisme d'après des documents inédits (1912) ; Huysmans, occultiste et magicien, avec une notice sur les osties magiques pour combattre les envoûtements (1913) ; La guerre et les prophéties célèbres, étude historique et antique (1916) ; Le mysticisme à la cour de Russie (de Mme de Krudener à Raspoutine) (1921) ; La messe noire ancienne et moderne (1924); L'Abbé Boullan, sa vie, sa doctrine et ses pratiques magiques (1927), Les illuminés d'Avignon, étude sur Dom Pernety et son groupe (1927).

Il collabore à de nombreux périodiques dont L’Initiation et Le Voile d’Isis, lance sa propre revue Les Annales initiatiques (1920-1939), publie une Notice historique sur le martinisme (1928), des Notes historiques sur le rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm (1933) et un Bulletin officiel de ce dernier rite (1933-1939).
Pour lui succéder à la tête de toutes les organisations qu’il dirige depuis Lyon, il désigne (1932) Constant Chevillon, qui le remplacera dans toutes ses fonctions en février 1934.
Le corps de Jean Bricaud repose à Lyon, au cimetière de Francheville-le-Haut.



Bibliographie : fonds Bricaud, Bibliothèque municipale de Lyon, ms. 6.120 ; n° spécial des Annales initiatiques, 1934 ; Mme J. Bricaud, « Jean Bricaud », L’Initiation, janvier-mars 1962, pp. 33-38 ; Robert Ambelain, « l’épiscopat de Mgr Jean Bricaud et sa succession », L’Initiation, avril-juin 1964, pp. 61-73 ; Serge Caillet, La Franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm, Paris, Dervy, 2003.


Serge CAILLET

Dernière mise à jour : ( 19-07-2005 )
 
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